Si vous envoyez ou recevez des emails depuis votre nom de domaine, vous devez avoir SPF, DKIM et DMARC configurés. Sans eux, n'importe qui peut envoyer des emails au nom de votre marque et :
- Phishing vos clients ("votre facture est en pièce jointe")
- Arnaque BEC sur votre comptabilité ("nouvelle RIB à utiliser")
- Spam massif (vos emails légitimes finiront en spam folder)
Ce guide explique le pourquoi et le comment, sans jargon inutile.
Pourquoi c'est obligatoire en 2026
Depuis février 2024, Google et Yahoo refusent ou marquent en spam les emails envoyés en masse (>5000/jour) sans authentification correcte. Microsoft suit le mouvement.
Conséquence : si votre newsletter ou vos emails transactionnels (factures, confirmations de commande) n'ont pas SPF/DKIM/DMARC correctement configurés, ils finissent en spam chez vos clients. Vous perdez du business sans le savoir.
Au-delà du business : sans DMARC, votre domaine est usurpable par n'importe qui. C'est la base de 90% des attaques BEC qui coûtent en moyenne 65 000€ aux PME victimes.
Comprendre les 3 protocoles en 2 minutes
SPF (Sender Policy Framework)
C'est une liste blanche : quels serveurs ont le droit d'envoyer des emails au nom de votre domaine.
Exemple : si vous utilisez Google Workspace + Mailchimp + Resend pour vos emails, votre SPF doit autoriser les serveurs de ces 3 services.
Format DNS :
v=spf1 include:_spf.google.com include:servers.mcsv.net include:amazonses.com ~all
v=spf1: version du protocoleinclude:: autorise les serveurs du fournisseur cité~all: soft fail (les autres serveurs sont suspects mais pas bloqués)-all: hard fail (les autres sont rejetés direct — plus strict)
DKIM (DomainKeys Identified Mail)
C'est une signature cryptographique sur chaque email envoyé. Le destinataire vérifie que :
- L'email vient bien d'un serveur autorisé (clé publique publiée dans votre DNS)
- Le contenu n'a pas été modifié en route
Chaque service email a son propre "sélecteur" DKIM. Vous publiez une clé publique dans le DNS pour chaque service.
Format DNS (exemple pour Google) :
google._domainkey.votredomaine.com TXT "v=DKIM1; k=rsa; p=MIIBIjANBgkqhki..."
DMARC (Domain-based Message Authentication, Reporting and Conformance)
C'est la politique qui dit aux serveurs receveurs quoi faire si SPF ou DKIM échouent sur un email prétendant venir de votre domaine.
Format DNS :
_dmarc.votredomaine.com TXT "v=DMARC1; p=quarantine; rua=mailto:reports@votredomaine.com; pct=100"
p=: la politiquenone: ne rien faire, juste rapporter (mode "monitoring", à utiliser pour démarrer)quarantine: mettre en spamreject: rejeter complètementrua=: adresse qui reçoit les rapports agrégés (essentiel pour ajuster)pct=100: appliquer la politique à 100% des emails (peut commencer à 10% pour tester)
La configuration étape par étape
Étape 1 — Audit de l'existant (5 min)
Avant de configurer quoi que ce soit, vérifiez ce que vous avez déjà :
- Allez sur mxtoolbox.com ou utilisez le scan de ARGUS
- Recherchez votre domaine
- Vérifiez les enregistrements SPF, DKIM, DMARC
Cas classiques :
- Aucun des 3 → priorité absolue, configurez maintenant
- SPF seul → ajoutez DKIM et DMARC
- Tous présents mais DMARC en p=none → bien, mais durcissez en p=quarantine après 30 jours
Étape 2 — Lister vos services email (10 min)
Quels services envoient des emails au nom de votre domaine ?
- Service de messagerie principal (Google Workspace, Microsoft 365, ProtonMail…)
- Newsletter (Mailchimp, Brevo, ActiveCampaign…)
- Transactionnel (Resend, Postmark, SendGrid, AWS SES…)
- CRM (HubSpot, Salesforce…)
- Outils SaaS (Zendesk, Intercom…)
Pour chacun, vous devez :
- L'ajouter au SPF
- Récupérer sa clé DKIM et la publier dans le DNS
Sans ça, ses emails seront rejetés par DMARC.
Étape 3 — Configurer SPF (15 min)
Allez chez votre registrar/DNS provider (OVH, Cloudflare, Gandi, Hostinger…).
Ajoutez ou modifiez l'enregistrement TXT à la racine :
@ TXT "v=spf1 include:_spf.google.com include:amazonses.com ~all"
Règles importantes :
- Un seul enregistrement SPF par domaine (sinon Outlook le rejette)
- Maximum 10 lookups DNS (chaque
include:compte 1, attention à pas exploser) - Commencez par
~all(soft fail), passez à-allaprès 30 jours sans problèmes
Étape 4 — Configurer DKIM (15 min)
Pour chaque service email, suivez sa procédure :
Google Workspace :
- Console admin → Apps → Google Workspace → Gmail → Authentifier les emails
- Générer la clé DKIM 2048-bit
- Copier le sélecteur (généralement "google") et la valeur
- Publier dans le DNS :
google._domainkey.votredomaine.com TXT "v=DKIM1;..."
Resend (et services similaires) :
- Dashboard → Domains → Add domain
- Suivre les instructions pour ajouter le TXT DKIM
- Vérifier que le statut passe au vert
Mailchimp / SendGrid / Brevo : même procédure, chaque service a sa doc.
Étape 5 — Activer DMARC en mode monitoring (5 min)
Publiez un enregistrement DMARC qui ne bloque rien mais qui rapporte tout :
_dmarc TXT "v=DMARC1; p=none; rua=mailto:dmarc@votredomaine.com; pct=100"
Pendant 2-4 semaines, vous allez recevoir des rapports XML quotidiens de Google, Microsoft, etc., qui listent tous les emails envoyés au nom de votre domaine et leur authentification.
Outil pratique : utilisez Postmark DMARC (gratuit) ou Valimail Monitor pour parser les XML automatiquement et avoir un dashboard lisible.
Étape 6 — Durcir DMARC après monitoring (1 mois plus tard)
Si vos rapports montrent que tous vos emails légitimes passent SPF et DKIM, passez DMARC en mode plus strict :
_dmarc TXT "v=DMARC1; p=quarantine; rua=mailto:dmarc@votredomaine.com; pct=100"
Puis après 1 nouveau mois sans plainte de clients (emails manquants en spam) :
_dmarc TXT "v=DMARC1; p=reject; rua=mailto:dmarc@votredomaine.com; pct=100"
C'est l'objectif final : rejet pur et simple de toute usurpation.
Les pièges classiques
Plusieurs enregistrements SPF
Symptôme : Outlook rejette vos emails même si SPF est censé être bon.
Cause : vous avez deux TXT SPF à la racine (souvent un de votre hébergeur et un que vous avez ajouté).
Solution : fusionner en un seul.
Limite de 10 lookups
Symptôme : les nouveaux services ne marchent plus quand ajoutés au SPF.
Cause : chaque include: qui contient lui-même des include: compte ses propres lookups. Google = 4, Mailchimp = 3, etc.
Solution : utiliser un service "SPF flattening" comme Cloudflare ou EasyDMARC.
Sous-domaines oubliés
Symptôme : votre app sous app.votredomaine.com envoie des emails qui finissent en spam alors que le domaine principal va bien.
Cause : DMARC à la racine couvre @votredomaine.com mais pas @app.votredomaine.com sans configuration explicite.
Solution : publier un DMARC séparé sur chaque sous-domaine, ou utiliser sp= (subdomain policy) dans le DMARC racine.
DKIM clé compromise
Si quelqu'un a accès à votre clé privée DKIM (ex: leak GitHub), il peut signer des emails frauduleux au nom de votre domaine.
Solution : rotation périodique des clés DKIM (générer une nouvelle paire et publier le nouveau sélecteur).
Vérifier en continu
La configuration SPF/DKIM/DMARC n'est pas un projet "one-shot". Ajoutez un service de monitoring qui vous alerte si :
- Un nouveau service envoie des emails non authentifiés (SPF fail)
- Vos clés DKIM expirent ou sont mal configurées
- Le volume d'emails rejetés par DMARC augmente anormalement
ARGUS Security inclut un audit SPF/DKIM/DMARC dans chaque scan de domaine — vous voyez en 60 secondes si votre configuration est correcte ou si vous êtes exposé au spoofing.
Sans SPF/DKIM/DMARC, votre domaine est offert sur un plateau à n'importe quel attaquant. Avec, vous êtes la cible la plus difficile possible.